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Un tournant philosophique en linguistique: l’idée de Grammaire Philosophique
Les phrases présentent à la fois une structure formelle complexe et un signifié complexe. De ce fait, la grammaire ne peut pas se réduire à une
description formelle, mais finit inévitablement par affirmer explicitement, ou par assumer implicitement, des hypothèses sur les facteurs qui rendent possible
la connexion des signifiés complexes. Une séquence d’expressions signifiantes simples est à son tour une expression à condition d’avoir un signifié
unitaire. Mais à quelles conditions une expression complexe a-t-elle un signifié unitaire ? Voilà la question sémiotique de base qui porte sur une expression
linguistique complexe, à savoir, la question de la signifiance.
La Grammaire Philosophique n’est pas un nouveau modèle de grammaire lancé dans un marché surpeuplé, mais un style d’analyse des
expressions complexes et de leurs signifiés unitaires explicitement axé sur la question de la signifiance, et donc des conditions formelles et conceptuelles
qui rendent possible l’idéation des signifiés complexes, et de leur interaction.
Traditionnellement, la question de la signifiance reçoit deux réponses de sens opposé.
D’après le paradigme formel, les structures linguistiques sont autonomes tant de leurs contenus conceptuels que des fonctions sociales des
Actes d’énonciation.
D’après le paradigme fonctionnel, les formes linguistiques sont des instruments au service des contenus conceptuels et des fonctions
sociales, inséparables de celles-ci et formées par celles-ci.
Bien qu’opposés dans leurs conclusions, les deux paradigmes se fondent sur un présupposé commun : l’idéation des contenus complexes
n’est l’oeuvre que d’un seul facteur. Ce présupposé est un cas particulier de ce qu’on pourrait appeler le présupposé de Thalès, selon
lequel il n’y a qu’un principe premier à la base de tout phénomène complexe.
Si ce présupposé est juste, la question de la signifiance a la forme d’une question polaire, et ses réponses sont réciproquement
exclusives. Ou bien la connexion des contenus complexes est l’oeuvre des structures formelles de la langue, ou bien les signifiés complexes sont des
concepts complexes accessibles indépendamment des formes linguistiques : tertium non datur. Dans le premier cas, les concepts n’ont pas de structure en
dehors de la mise en forme linguistique ; dans le second, les formes se réduisent à autant d’instruments d’expression au service de concepts
indépendants.
Mais si le présupposé est faux, la question polaire sur la signifiance se dissout tout simplement. Si l’idéation des contenus complexes ne
se fonde pas sur un premier principe, le fait de se demander si ce principe est formel ou fonctionnel n’a pas de sens.
L’idée de fond d’une Grammaire Philosophique est que l’idéation des contenus complexes n’est ni l’oeuvre de la
connexion syntaxique, ni simplement l’expression de structures conceptuelles indépendantes, mais l’issue d’une interaction complexe entre un
principe formel et un principe fonctionnel. Au lieu de s’exclure, les deux facteurs entrent en compétition en vue d’une tâche commune. Au lieu
d’affirmer un principe premier une fois à jamais, on ouvre l’espace pour une typologie riche et hétérogène de formes
d’interaction.
Une Grammaire Philosophique contient une grammaire des formes, du fait que les langues possèdent une forme et un pouvoir de mise en forme
autonome, jusqu’à un certain point, des contenus conceptuels et des destinations fonctionnelles. Mais elle contient aussi une grammaire des concepts, du
fait que les concepts portés à l’expression par les formes linguistiques possèdent une structure autonome, largement accessible indépendamment de telle
ou telle expression.
La ligne de démarcation entre l’aire des formes autonomes et l’aire des fonctions instrumentales est marquée dans le terrain, pour
ainsi dire, dans la structure des phrases signifiantes.
Chaque phrase a un noyau dont la charpente formelle ne se justifie pas à partir de fonctions externes, du fait que sa seule fonction est la
construction d’un réseau solide de relations grammaticales pures, dépourvues de tout contenu substantiel et prêtes à en recevoir plusieurs. Comme la
charpente d’une cathédrale, le noyau d’une phrase garde sa solidité structurale face au changement des destinations fonctionnelles. Les expressions
appartenant aux couches périphériques, au contraire, ne se laissent intégrer dans une structure unitaire que dans la mesure où elles assurent une fonction
instrumentale au service d’un contenu conceptuel donné.
Le noyau de la phrase est le territoire d’une légalité purement grammaticale, le lieu d’une grammaire des règles et des structures.
Les couches périphériques renvoient par contre à un système d’options justifiées sur la base de leurs fonctions externes, et en premier lieu en tant que
moyens d’expression de structures conceptuelles indépendantes. Elles appartiennent donc à une grammaire des options (Halliday). Dans le domaine
d’une grammaire des règles, les formes et les constructions grammaticales sont les termes primitifs, qu’il faut prendre pour ce qu’ils sont
et décrire avec des critères internes, à leur tour formels. Dans le domaine d’une grammaire des options, il faut d’abord identifier un système de
structures conceptuelles partagées et décrire chacune avec des critères conceptuels autonomes. C’est seulement à ce point qu’il est sensé
d’identifier, pur chaque relation conceptuelle, les ressources grammaticales capables de la porter à l’expression.
Presque toutes les structures qui sont à la fois instrumentales, identifiées par leur contenu conceptuel et soumises au choix peuvent être aussi
bien spécifiées à l’intérieur d’une phrase que déplacées à l’extérieur, dans une dimension textuelle. Cela montre que la connexion
grammaticale, quand elle est instrumentale, est elle-même une option, en compétition avec des stratégies textuelles fondées sur la cohérence et la cohésion, au
niveau tant de la phrase simple que de la phrase complexe.
Du fait que plusieurs tâches fonctionnelles instrumentales peuvent compter sur des options textuelles au même titre que sur des options
grammaticales, l’étude des stratégies textuelles trouve sa place à l’intérieur d’une description grammaticale fonctionnellement
adéquate.
Une exposition exhaustive du style de recherche appelé Grammaire Philosophique, de ses présupposés théoriques ainsi que de
ses implications sémiotiques et de ses retombées empiriques se trouve dans la monographie The Building Blocks of Meaning, John Benjamins,
Amsterdam-Philadelphie, 2004 (Compte rendu de G. Kleiber in Bulletin de la Société Linguistique de Paris, C, 2, 2005: 97-100).
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Les conflits conceptuels
L’idée d’une grammaire philosophique a été inspirée par une observation soignée des contenus complexes conflictuels, par exemple,
Dorment les sommets des montagnes (Alcmane). Traditionnellement stigmatisés par les linguistes et les philosophes comme des énoncés déviants, et
laissés aux marges du courant principal de la description linguistique et de la réflexion sur le langage, les signifiés complexes conflictuels représentent en
fait le point d’observation idéal sur les racines de la signifiance.
Chaque fois qu’une interaction a lieu, deux issues sont admises : la coopération et le conflit. Corrélativement, tant le conflit que la coopération
demandent la présence de facteurs autonomes en compétition. L’avantage méthodologique du conflit sur la coopération est sa capacité de rendre
parfaitement visibles les facteurs en compétition. Le signifié d’une phrase comme Le paysan a tué le coq est cohérent. Le réseau de relations
imposé par la structure syntaxique formelle de la phrase au concepts atomiques se superpose parfaitement au réseau de relations cohérentes entre ces mêmes
concepts. La compétition entre la mise en forme linguistique et la forme d’un modèle conceptuel autonome reste cachée. L’invitation de Marinetti à
tuer le clair de lune, au contraire, construit un signifié complexe dépourvu d’un modèle indépendant dans le monde des concepts cohérents. Les
facteurs de la signifiance en compétition – les formes syntaxiques et les relations conceptuelles cohérentes – sont mis en relief.
Un signifié complexe conflictuel est en premier lieu un signifié dont la structure interne a la force d’unifier les partie dans un tout. Dans notre
exemple, la lune est investie du rôle de patient en tant qu’objet direct du verbe assassiner. Même si ce rôle ne lui convient pas sur le plan conceptuel,
la lune ne peut pas y échapper. La possibilité formelle du conflit conceptuel montre par delà tout doute que les structures syntaxiques formelles ont le
pouvoir de connecter les concepts comme un moule rigide. Toutefois, cela n’implique pas qu’on coule dans le moule une substance conceptuelle
amorphe. Tout au contraire, la présence du conflit est la preuve que les concepts sont organisés dans des réseaux autonomes sur la base du principe de
cohérence. Donc, la possibilité formelle du conflit prouve que tant les expressions linguistiques que les concepts cohérents ont chacun une organisation
syntaxique, et que deux principes opposés et complémentaires interagissent dans la connexion des signifiés complexes.
Une enquête dans le domaine des signifiés complexes conflictuels prouve que le langage n’est ni un système purement formel insensible à la substance des
concepts ni un pur et simple instrument au service de concepts indépendants et de fonctions sociales. Le langage est en même temps un système formel et un
instrument d’idéation et de communication. Une fois que les facteurs de la signifiance et leur compétition ont été isolés grâce à l’observation des
conflits conceptuels, le même style d’analyse peut être appliqué aux signifiés cohérents. En cas de conflit comme en cas de coopération, les
facteurs en jeu sont les mêmes.
L’idée que les signifiés complexes conflictuels offrent un point de vue stratégique sur les bases de la signifiance a été exposée et appliquée à
l’analyse de la phrase simple dans la monographie Sémantique du contresens, Les Editions de Minuit, Paris,
1987.
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Métaphores et figures
L’étude linguistique des signifiés conflictuels ouvre une nouvelle perspective à l’étude des métaphores et, plus en
général, des figures, qui sont considérées en premier lieu comme des stratégies de valorisation textuelle des conflits conceptuels.
La distinction entre contradiction et incohérence bâtit sur un terrain solide la distinction entre l’oxymore, la figure de la contradiction, et les
figures du conflit conceptuel substantiel, à savoir la métaphore, la métonymie et la synecdoque.
La métaphore, la métonymie et la synecdoque sont ensuite séparées sur la base de leur attitude envers le conflit. Tant la synecdoque que la métonymie sont des
stratégies pour contourner le conflit ; la métaphore, au contraire, le valorise comme un instrument pour transférer les concepts dans des domaines étrangers et
pour déclencher une interaction entre concepts hétérogènes. L’expression Il épouserait une grosse dot (Zola) est conflictuelle. Mais si nous
pensons qu’en fait l’homme en question va épouser une femme qui lui apporte une grosse dot, le conflit disparaît. Reste un effet violent de
déformation de l’état de choses qui se change en critique sociale au vitriol, mais sa structure n’est pas touchée. La métaphore suit un chemin
opposé. Un énoncé comme La lune rêve (Baudelaire) ne nous demande pas de découvrir une relation cohérente entre la lune et le rêve capable de
dissoudre le conflit, mais de découvrir, grâce au conflit, dans quel sens la lune se change dans un être humain qui rêve.
Par delà leurs histoires interprétatives spécifiques, les conflits conceptuels présentent une structure grammaticale ouverte à la description empirique, qui
n’est pas la même pour la métaphore, la métonymie et la synecdoque.
Alors que la linguistique cognitive privilégie la couche de concepts métaphoriques cohérents et partagés qui alimentent notre pensée spontanée, la Grammaire
Philosophique met l’accent d’une part sur le rôle du conflit, et donc des formes syntaxiques, dans la mise en place des figures vives dans les
textes, et de l’autre sur le rôle de la pensée cohérente dans leur interprétation.
Comme les figures du plan du contenu, les figures du plan de l’expression, du phonosymbolisme, au vers, aux figures dites de construction, sont vues
comme autant de formes de valorisation des ressources linguistiques aux différents niveaux.
Les figures du contenu valorisent l’autonomie des structures syntaxiques nucléaires vis-à-vis de la cohérence de leurs contenus, et leur capacité de
connecter les concepts dans des relations inattendues jusqu’au conflit. Les figures du plan de l’expression enrichissent le message en valorisant
le pouvoir symbolique des sons, les rythmes et les dispositions de constituants par delà les fonctions instrumentales codifiées. Les dispositions de sons, par
exemple, donnent une contribution spécifique au message par delà la fonction distinctive.
Ces idées ont été illustrées pour la première fois dans la monographie Grammaire philosophique des tropes, Les Editions de Minuit, Paris, 1992, et
puis développées sans solution de continuité dans plusieurs publications en français, en italien et en anglais. En ce moment, je travaille à une monographie en
anglais sur le discours figuré dans le cadre de la Grammaire Philosophique.
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Les relations transphrastiques
Les relations transphrastiques représentent le chapitre le plus riche et novateur d’une grammaire des options modelée sur
un système de relations conceptuelles partagées et ouverte aux ressources tant grammaticales que textuelles.
Les relations transphrastique ne coïncident pas avec le signifié d’une poignée de phrases subordonnées, voire de conjonctions, mais forment un réseau
cohérent de relations conceptuelles entrelacées. Leur expression n’est pas limitée à la phrase complexe, mais s’ouvre sur un éventail
impressionnant d’options, en partie grammaticales et en partie textuelles, caractérisées par des degrés différents de codage, du sous-codage au
surcodage.
En cas de sous-codage, le travail inaccompli est achevé par le raisonnement cohérent, l’inférence, supporté par un réseau de structures conceptuelles
cohérentes et partagées auxquelles l’usager de la langue a un accès indépendant de telle ou telle forme d’expression. En cas de surcodage,
l’expression ne se limite pas à coder une relation conceptuelle indépendante, mais elle lui impose un profil conceptuel ou une modulation spécifiques,
inséparables de la forme d’expression.
La réflexion sur les degrés de codage offre une base solide à la distinction entre les structures conceptuelles, qui sont accessibles indépendamment de
l’expression, et les structures sémantiques, qui coïncident avec le signifié de formes d’expression spécifiques.
Le cas le plus intéressant et riche de relation conceptuelle transphrastique est le but, qui bénéficie de centaines de formes d’expression grammaticales
et textuelles, enrichies d’un nombre impressionnants de noms encapsulateurs - tels que but, objectif, intention, désire, rêve – qui peuvent être
incorporés tant dans des locutions prépositionnelles que dans des adverbiaux anaphoriques. L’étude du but a fait l’objet d’un projet conjoint
avec Gaston Gross et le LLI (Laboratoire de Linguistique Informatique, maintenant LDI, Lexique, Dictionnaires,
Informatique) de l’Université Paris XIII e du CNRS.
Ces idées sont développées dans un numéro monographique de Studi Italiani di Linguistica Teorica e Applicata, XXV, 1, 1996: La subordinazione non
completiva: un frammento di grammatica filosofica, et dans les monographies La finalité: fondements conceptuels et genèse linguistique, De Boeck
– Duculot, Bruxelles, 2004 (avec Gaston Gross) et La finalità. Strutture concettuali e forme di espressione in italiano, Leo S. Olschki,
Florence, 2005 (avec Gaston Gross et Cristiana De Santis).
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Une grammaire raisonnable pour la didactique
Le style de recherche de la Grammaire Philosophique offre les bases pour une rationalisation de la grammaire destinée à l’enseignement. Des concepts tels
que règles et options, relations grammaticales et relations conceptuelles, codage et inférence, habiletés linguistiques et habiletés cognitives, permettent de
rendre transparente et accessible l’analyse des phrases simples et complexes, et d’explorer la continuité fonctionnelle entre phrase et
texte.
L’idée d’aborder les relations grammaticales nucléaires et les relations conceptuelles marginales avec des critères différents, grammaticaux et
formels dans le premier cas, conceptuels et textuels dans le second, permet de sortir de l’impasse d’une analyse logique suspendue entre formes et
notions, et d’identifier une hiérarchie dans laquelle les relations conceptuelles prennent peu à peu le relais des relations grammaticales.
L’idée que les mêmes tâches fonctionnelles sont ouvertes tant aux structures grammaticales à l’intérieur d’une phrase qu’à des chaînes
textuelles cohérentes permet d’acquérir l’habileté active d’utiliser les différents instruments. Au lieu d’appliquer aveuglement
quelques modèles, l’étudiant est appelé à évaluer de larges éventails d’options pour faire des choix appropriés et conscients.
L’étude du texte n’est plus une appendice étrangère à la grammaire ; à partir de l’identification de tâches fonctionnelles partagées, les
options textuelles basées sur la cohérence et la cohésion sont traitées au même titre que les options grammaticales.
Après le manuel pour les Lycées Grammatica della lingua italiana, Petrini, Turin, 1990, j’ai publié une grammaire de l’italien pour
l’Université, destinée en premier lieu aux étudiants et aux enseignants : Le regole e le scelte: introduzione alla grammatica italiana, Utet,
Turin 2006.
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Le lexique et la terminologie
Une approche de la sémantique lexicale dans le style de la Grammaire Philosophique porte à s’interroger sur les doubles
racines, formelles et conceptuelles, des signifiés lexicaux. En particulier, il est stratégique de définir, pour chaque signifié atomique, dans quelle mesure
sa structure dépend des structures lexicales formelles spécifiques de la langue, et dans quelle mesure elle reflète une catégorisation cognitive indépendante
partagée par delà les frontières linguistiques.
Le lexique d’une langue naturelle contient deux types idéaux de concepts : des concepts endocentriques, dont l’identité dépend de façon critique
des structures lexicales spécifiques, et des concepts exocentriques, solidement ancrés dans une catégorisation indépendante des objets d’expérience,
facilement transférables d’une langue à l’autre.
Les lexèmes qui véhiculent des concepts exocentriques identifient, dans le lexique d’une langue, une couche de terminologie naturelle, qui fonctionne
comme trait d’union entre le lexique et les terminologies de spécialité, permettant aux deux disciplines de bénéficier d’outils méthodologiques
partagés.
Les termes de spécialité connectent un signifiant et un signifié comme tout autre signe. Leur spécificité ne réside donc pas dans la structure mais dans les
conditions de leur partage : non par une communauté linguistique, mais par une communauté artificielle qui contient différents groupes appartenant à plusieurs
communautés linguistiques.
Pendant mon enseignement à l’Ecole Supérieure pour traducteurs et Interprètes de Bologne-Forlì, j’ai collaboré avec le Laboratoire de Recherche Terminologique dirigé par M. Franco Bertaccini. Maintenant, je fais partie du Centre de
Recherche Terminologique Multilingue (Ce.R.Te.M.) de la Faculté de Langues Modernes de l’Université de
Gênes.
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Les études dialectales
Né à Pendolasco (maintenant Poggiridenti), un village perché au milieu d’un vignoble acrobatique en terrasses sur le côté ensoleillé de la Valteline, dans les Alpes lombardes, je suis un locuteur natif
d’un dialecte Gallo-Roman.
Avec un groupe de collègues linguistes et d’amateurs d’études dialectales actifs dans le territoire, j’ai fondé l’Istituto di
Dialettologia e di Etnografia Valtellinese e Valchiavennasca – IDEVV – qui se
propose d’organiser des séminaires de formation et de garantir la supervision scientifique à la rédaction de dictionnaires et d’inventaires de
toponymes.
Ma contribution au travail lexicographique se base sur l’idée de ‘mettre davantage de grammaire dans les dictionnaires’, et notamment
dans la définition des verbes et des autres concepts relationnels. Dans ce but, j’ai prédisposé un modèle de description pour les verbes, que
j’ai illustrée dans ses bases méthodologiques et exemplifié dans l’article « Proposte per la trattazione delle voci verbali in un dizionario
dialettale: l’esempio di far nel dialetto di Bormio », Bollettino Storico Alta Valtellina 3, 2000: 349-368. Ce modèle a été appliqué par M.
Emanuele Mambretti dans la rédaction d’un Dictionnaire du dialecte de Livigno, une langue qui a été étudiée, entre autres, par Rohlfs, Huber et
Longa. Le dictionnaire paraîtra en 2010.
J’ai aussi étudié un cas de morphologie dérivationnelle particulièrement productrice dans nos dialectes, à savoir les noms composés de structure
verbe-nom : « Creatività controfattuale: la motivazione concettuale dei composti verbo-nome nei dialetti valtellinesi », in M. Pfister, G. Antonioli
(eds.), Itinerari linguistici alpini. Atti del convegno di dialettologia in onore del prof. Remo Bracchi, Bormio 24-25 settembre 2004, IDEVV
– Istituto di Dialettologia e di Etnografia Valtellinese e Valchiavennasca, Sondrio; Lessico Etimologico Italiano (LEI) – Arbeitsstelle der
Akademie der Wissenschaften und der Literatur, Mainz 2005: 357-377.
Un autre domaine de recherche est le phénomène de la deixis ancrée dans le milieu, vitale dans les petites communautés dialectales, surtout dans les aires
de montagne. Cette idée a été illustrée dans l’essai « La deissi ambientale », Postfazione a Franca Prandi, Inventario dei toponimi valtellinesi e valchiavennaschi - Territorio comunale di Poggiridenti,
Società Storica Valtellinese, Sondrio 2004. Une version française est « Le dialecte comme langue d’un territoire : la deixis ancrée dans le milieu »,
in S. Mejri (éd.), L’arabe dialectal: enquêtes, descriptions, interprétations, Cahiers du C.E.R.E.S., Série Linguistique 13, Tunis 2006:
387-394. Une version plus élaborée est « Un capitolo esclusivo della grammatica dei dialetti: la deissi ambientale », in G. Garzone, R. Salvi (eds.),
Linguistica, linguaggi specialistici, didattica delle lingue. Studi in onore di Leo Schena, CISU, Rome, 2007:
61-72.
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